Emmanuelle Cherrier ou comment redorer le blason de la coiffure

Après plus de vingt ans d’expérience en salon, Emmanuelle Cherrier se lance dans une nouvelle aventure avec « L’oreille du coiffeur ». Une initiative complète, dans laquelle elle met son expérience au service de la profession, mais aussi d’une cause : rendre à la coiffure ses lettres de noblesse en favorisant apprentissage et formation.

Quel est ton parcours ?

Emmanuelle Cherrier : Je suis amoureuse de la coiffure depuis l’âge de 5 ans. En 2008, j’ai ouvert mon salon à Epinay sur Orge, Coiffure en scène. Un lieu avec une ambiance qui me ressemble, qui alliait mes deux passions : la coiffure et le théâtre.  Un décor chargé, dorures, velours, très rococo, qui a grandi avec les années. J’ai eu jusqu’à six salariés en même temps, de nombreux apprentis, on a fait beaucoup de choses, beaucoup de formations, de coiffures de défilés avec des écoles… Je faisais des soirées avec des troupes de théâtre amateur dans le salon. Des moments conviviaux, des événements gratuits avec un spectacle, puis un apéritif, qui mélangeaient clients et amateurs de théâtre…

Quel est le rôle du coiffeur selon toi ?

Emmanuelle Cherrier : Je crois vraiment que les artisans et les commerçants ont un rôle à jouer dans la création de lien social. Les coiffeurs encore plus. Nous avons un savoir-faire qui est certain, qui aide les gens, mais nous faisons bien plus que cela. Beaucoup de coiffeurs sont passionnés, mais ça ne suffit pas. Durant toutes ces années, tout n’a pas été rose non plus. J’ai pu expérimenter les problèmes de communication, au sein d’une équipe, mais aussi avec les clients, parfois. Et surtout, un problème majeur : l’image de la profession auprès des plus jeunes, avec de grandes difficultés à recruter et fidéliser des collaborateurs. La transmission est très importante, mais la beauté du métier est mal perçue. J’ai été ambassadeur apprentissage pour l’UNEC, entre autres initiatives. En septembre 2019 j’ai revendu le salon, avec l’idée qu’il fallait que je me serve de toutes ces expériences pour redorer le blason de la coiffure. Pour moi, cela doit passer par un autre regard sur l’apprentissage : il faut accueillir les jeunes, leurs difficultés, avoir de l’empathie face à l’apprenant.

Quelles sont les difficultés du métier ?

Emmanuelle Cherrier : Aujourd’hui, quand on gère un salon, on a de nombreuses casquettes : artisan, manager, communiquant, maître d’apprentissage… quand on veut être un patron bienveillant, on s’oublie soi-même pour plaire, satisfaire. J’aimerais que les personnes qui sont attirées par ce nouveau management, un management empathique, bienveillant, ne tombent pas dans le travers de s’oublier. Le manager ne doit pas confondre rapport humain et professionnel : il faut les deux. Mais aujourd’hui les managers sont en souffrance, ils n’arrivent pas à recruter. On n’arrive pas à trouver chez les candidats à la fois un savoir-faire et un savoir-être. Et quand on a trouvé, il faut gérer au quotidien : le bien-être au travail doit être un travail d’équipe. Il faut apprendre à vivre ensemble et travailler ensemble. Mais ça va au-delà des équipes : quand on fait son métier avec passion, et que certains clients sont mécontents, notamment parce qu’on ne s’est pas compris, on peut prendre les choses de manière personnelle. Il y a les clients, mais aussi les représentants, les formateurs… tous ces gens avec qui on est amené à travailler et à échanger. Parfois, on ne se comprend pas. Dans ces moments d’incompréhension, on pense bien faire, mais le bon sens ne suffit pas toujours. Et on se retrouve en grande souffrance.

Quelles sont tes solutions face à ces problèmes de management ?

Emmanuelle Cherrier : L’écoute et la communication. Aujourd’hui on est face à un contexte de changement managerial. On souhaite aller vers un management sympa, ne pas être le méchant patron, mais ce n’est pas évident. On est dans une phase de transition : soit on va basculer du bon côté soit on retournera vers les vieilles méthodes. De mon côté, j’ai observé beaucoup de difficultés dans le management, au sein de mes équipes, mais aussi chez des confrères et consœurs. Ça a entraîné beaucoup de questionnement, de remise en question, tout un cheminement. On n’est pas vraiment formé.e pour ça, même quand on pense agir avec empathie et bon sens. J’ai découvert et je me suis formée à deux méthodes de compréhension de l’autre et de communication : les méthodes Herrmann et Carl Rogers. La méthode Herrmann consiste à comprendre les gens, et apprendre à leur parler pour qu’ils nous comprennent. On réalise un test, sous forme de questionnaire que je suis habilitée à faire passer, pour définir quelles caractéristiques cérébrales nous définissent le mieux. C’est passionnant. Carl Rogers est une méthode, très élaborée, qui apprend à communiquer de façon empathique et bienveillante. Maintenant, j’ai les clés pour gérer les situations de stress, apaiser les tensions et je souhaite les partager avec le plus grand nombre.

L’apprentissage est très important pour toi, pourquoi ?

Emmanuelle Cherrier : Tout est parti d’un constat. Quand j’ai eu du mal à recruter et trouver des apprentis, je me suis tournée vers l’UNEC et les écoles de coiffure pour comprendre pourquoi. Aujourd’hui, peu d’élèves apprentis en coiffure le sont par choix. Ils ont été orientés dans la filière coiffure par défaut. Résultat, à la fin de la première année, il n’est pas rare que les classes ne comptent plus que 25% de leurs effectifs de départ. Les autres n’ont pas pu voir la beauté du métier. J’ai beaucoup écrit sur le sujet. Je voulais même faire rentrer la coiffure dans le compagnonnage parce qu’il y a des valeurs communes : une histoire, une organisation, des pairs, un savoir-être, un vrai savoir-faire. Ça n’a rien donné, mais aujourd’hui mon but c’est de faciliter la communication avec les apprentis, et leur transmettre ma passion et les valeurs du métier.

Aujourd’hui tu te lances dans une nouvelle aventure, l’Oreille du coiffeur, qui réunit toutes ces idées. Racontes nous ce que tu proposes

Emmanuelle Cherrier : Oui, j’ai décidé de me servir de mon expérience et des formations que j’ai suivi pour aider d’autres salons et d’autres managers. Mon but, c’est de les accompagner, grâce notamment aux méthodes Herrmann et Carl Rogers, en leur amenant des outils de tolérance et d’écoute, du beau et du positif pour redorer notre métier.

Je souhaite apporter ma pierre à l’édifice avec L’Oreille du coiffeur en proposant quatre services :

Il s’agit de faire l’éducation professionnelle de l’apprenti au sein du salon. Beaucoup de coiffeurs prennent des apprentis, mais ils n’ont pas le temps de les former. Et quand ils le prennent, ils ont parfois des problèmes de communication, de blocages, d’attitude. Mais aussi, pour cela, ils prennent sur leur temps de travail effectif en salon. Mon but est, après une phase d’observation, de consacrer une demi-journée par mois, en salon, à l’apprenti pour parfaire son éducation professionnelle et son intégration dans l’équipe. Il s’agit alors pour moi d’aborder toutes les sources de tension, mais aussi les bases : le bac, le shampoing, rincer une couleur, répondre au téléphone… Il faut valoriser le travail de l’apprenti pour qu’il devienne très rapidement indispensable et rentable pour le salon. L’idée c’est qu’il ne se sente pas délaissé, qu’il soit motivé, dans l’apprentissage constant, qu’il prenne du plaisir à apprendre un métier et à travailler. Tout cela en ayant analysé son profil de pensée pour lui apporter le métier de façon personnalisée et apprendre à communiquer. Il s’agit aussi que l’apprenti réponde parfaitement aux attentes du salon et de son manager. Il s’agit de transmettre le plus rapidement possible les valeurs du salon à l’apprenti pour qu’il devienne efficace et rentable tout aussi rapidement.

Sur demande du manager, évaluer ses besoins personnels et/ou ceux de l’équipe : problèmes d’épanouissement d’équipe, de cohésion, d’efficacité, de recrutement, de rentabilité. Toujours grâce aux outils Hermann et Rogers, déterminer pourquoi ils ne communiquent plus ou pas bien et pourquoi la communication ne passe pas. Ces méthodes sont très utiles car elles permettent d’écouter, d’entendre ce qu’il ne se dit pas, faire s’exprimer les gens, mieux accepter ce qu’ils disent. Les accompagner pour s’exprimer, et leur faire comprendre que ce qu’ils expriment est un ressenti du moment et non la réalité, par exemple. Le but est d’amener de la tolérance et de la compréhension au sein de l’équipe.

Il s’agit d’aider les créateurs.trices de salon ou les managers de salons existants qui souhaitent trouver une image et se démarquer de leur concurrence. Il s’agit d’apporter un regard neuf sur l’existant ou le devenir et de proposer un nom, développer une image, travailler des pistes de communication. Tout se fait au cas par cas, en fonction du positionnement du salon, de la personnalité du manager, de son parcours, de ses passions, de ses centres d’intérêt et de ses envies. Le but est de créer une ambiance unique et personnalisée.

Il y a beaucoup de demande de remplacement, ou d’intervention sur de très courtes durées, ponctuellement, ou de manière régulière. Que ce soit pour remplacer un.e manager, un.e coloriste ou un.e coiffeur.euse, je suis là pour intervenir le temps d’un remplacement. C’est une manière pour moi de garder le lien avec le métier, de transmettre et de continuer d’apprendre.

Retrouvez Emmanuelle Cherrier et l’Oreille du Coiffeur sur sa page Facebook et par mail : emmanuelle@loreilleducoiffeur.fr


sylvie grammatico

Dans le salon de Sylvie Grammatico à Fuveau

Après le premier confinement, fin septembre, je suis partie sur les chemins de France à la rencontre des coiffeurs et c’est à Fuveau que j’ai rencontré Sylvie Grammatico.

C’est près de Marseille que Sylvie Grammatico a installé ses paires de ciseaux, ses brosses et encore bien d’autres choses, dans son salon nommé Starlett. Elle nous a accueillis avec son sourire masqué et son accent chantant. Ce qui m’a le plus marquée ? C’est que Fuveau est une petite ville, mais dans la rue de Starlett, il n’y a pas moins de quatre ou cinq autres salons de coiffure… Alors, quels sont les secrets de Sylvie pour que son salon attire la clientèle ? Le moins que l’on puise dire est que Sylvie a plusieurs casquettes….

Nous lui avons posé la question et bien d’autres, et loin de se laisser abattre par la crise sanitaire, Sylvie continue sa route, des projets plein la tête. Elle nous parle de son quotidien, mais aussi de la section Intercoiffure PACA-Corse qu’elle représente et anime avec beaucoup d’entrain !

Découvrez Sylvie en vidéo :

Michel Gomez

Michel Gomez : Le coiffeur a un rôle social à jouer

Repenser le métier de coiffeur, comme étant non pas un simple artisan de la beauté, mais comme un pilier de la communauté, tel est le credo de Michel Gomez. En tant qu’homme, mais aussi qu’entrepreneur, il n’hésite pas à faire sa part des choses : artisan détenteur d’un savoir-faire précieux, le coiffeur a aussi un vrai rôle social à jouer et à repenser.

Après plus de vingt-cinq ans d’expérience dans la coiffure, aujourd’hui à la tête de dix-huit salons, Michel Gomez reste un témoin privilégié de la relation unique qui se tisse entre le coiffeur et sa clientèle. Pour lui, il est primordial de montrer que le coiffeur est un homme ou une femme engagé.e aux côtés de ses clients.es et des causes qui comptent pour eux.

Repenser le métier de coiffeur

Ces dernières années, les écoles de coiffure se sont vidées. Le métier semble avoir perdu de son attrait auprès des jeunes générations. Mais le confinement et la fermeture obligatoire des salons de coiffure aura au moins permis une chose : remettre à l’honneur le savoir-faire et l’importance du rôle social du coiffeur, un métier sous-estimé, souvent invisibilisé. Pendant ces longues semaines, la petite visite au salon a commencé à manquer. Nos coiffeurs nous ont manqué. Pour leur technique, leur coup de ciseau ou de pinceau, mais aussi pour l’ambiance et les conversations, tout le lien social tissé entre le bac et le fauteuil.

Le coiffeur est le confident, l’oreille attentive, le relai des informations locales et des dernières tendances, celui ou celle à qui on confie son image pour tous les grands moments de la vie. Confidence après confidence, grande occasion ou heureux événement, le coiffeur est proche de ses client.e.s dans tous les moments de la vie. Quand il rentre chez lui, le soir, c’est chargé de toutes les histoires entendues au fil de la journée. Les bonnes, les mauvaises nouvelles, les luttes, les victoires, les fatalités. Il se doit d’agir, d’en faire quelque chose.

Le coiffeur est un homme de cœur

L’accompagnement du coiffeur va plus loin qu’une nouvelle tête ou une belle coiffure. « Plus que jamais en ces temps troublés, on doit faire preuve de solidarité. On ne peut pas fonctionner sans se sentir concerné par ce qu’il se passe autour de soi. Mais il ne suffit pas d’être concerné, il faut s’engager, et donc agir. Il faut faire des choses, au travers de l’entreprise ou de ses actions personnelles, ne pas faire les choses que pour soi. Il faut prendre le temps de réfléchir et d’agir » nous confie Michel.

Pour être une personne engagée, une enseigne engagée tous les ans, les salons Excel et Label Coiffure soutiennent une cause différente aux côtés d’une association choisie avec soin. Les salons mettent en avant ses actions, sensibilisent au sujet retenu et récoltent des dons auprès d’une clientèle qui accueille chaleureusement cette initiative.

Michel Gomez et son associé Jérôme Guiraud ainsi que les salons qu’ils représentent, Label Coiffure et Excel Coiffure, s’engagent tous les ans auprès d’une association.

Au cours des dernières années, les salons Label et Excel ont soutenu la lutte contre la mucoviscidose et la construction d’une école au Sénégal. En avril, ils avaient choisi de défendre l’accès à l’eau potable. Mais avec la fermeture obligatoire des salons, le projet a été reporté au printemps prochain. Ils sont fiers de pouvoir compter sur la solidarité de leurs partenaires et la générosité de leurs clients. Souvent sollicités pour soutenir des causes, les Français n’hésitent pas à répondre présents.

Octobre Rose dans les salons

Cette année, c’est à l’association Ruban Rose que Michel et Jérôme ont choisi de faire écho dans leurs salons. L’association lance chaque année l’opération Octobre Rose pour sensibiliser au dépistage et à la lutte contre le cancer du sein.

L’idée de Michel et Jérôme est simple mais motivante. C’est de proposer à la clientèle des salons Label Coiffure et Excel Coiffure de faire des dons pour l’association, dans une urne. À la fin du mois d’octobre, le montant des dons sera doublé. Ainsi, si la collecte est de 10 euros, c’est un chèque de  20 euros qui sera signé à l’association. Ces dons serviront à financer différents organismes de recherche contre la maladie. Une course caritative Color Run devait avoir lieu à Carcassonne, mais elle a dû être annulée en raison de la crise sanitaires. Son but ? Soutenir la recherche, via des dons, mais aussi sensibiliser au dépistage et ouvrir le dialogue. Car on a tous, autour de nous, un.e ou des proches directement ou indirectement touché.e.s par la maladie.

Des coiffeurs engagés

Commerçant de proximité ou de centre-ville, le coiffeur a aujourd’hui une place de choix. Il est l’un des rares à avoir le temps d’échanger avec ses clients, y compris les plus isolés, sur des sujets de société comme de choses plus intimes. Michel aimerait ainsi profiter de cette posture privilégiée pour sensibiliser le public à des causes, mais aussi à l’engagement social. Les bons comme les mauvais. Repenser la profession, dépasser le côté « superficiel » d’un métier vu comme d’apparence.

« Les coiffeurs sont au centre de la vie quotidienne. Ils ont un vrai rôle social. »

Artisans de la beauté, les coiffeurs.euses œuvrent pour la confiance et l’intégration de chacun. « Un passage chez le coiffeur, confie Michel Gomez, c’est aussi une manière de s’intégrer au monde. Quand on choisit de ne pas s’intégrer, de se marginaliser, on adopte généralement la coiffure qui va avec le mouvement. Au contraire, quand on souhaite s’intégrer rentrer dans les rangs, l’image, la coiffure, sont très importantes. Aujourd’hui, celui qui ne maîtrise pas son image ne s’intègre pas« . Ne pas pouvoir se rendre chez le coiffeur faute de moyens est donc stigmatisant. C’est ainsi que chaque mois, Michel et Jérôme mobilisent un.e de leurs salarié.e.s pour qu’il.elle aille coiffer gracieusement dans des associations d’aide à la réinsertion, des personnes en difficulté.

Légendes :

  • collection 2020 Excel Coiffure – Photos: Pawel Wylag – MK Production
  • Collection 2020 Label Coiffure – Photos: Weronika Kosińska – MK Production

Insolente by Nadia Bouchikhi

Insolente

Passionnée de coiffure depuis son plus jeune âge, Nadia Bouchikhi présente aujourd’hui sa collection Automne/Hiver 2020/2021, Insolente. Cheveux courts/cheveux longs, féminin/masculin, Nadia Bouchikhi mélange les genres dans une collection dédiée aux femmes libres, modernes et dans l’air du temps.

Crédits

Coiffure: Nadia Bouchikhi assistée de Sandrine Weier – Photo: Daniel Pister – Maquillage: Kathleen Henocque – Stylisme: Angela Cosentino